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Panthéon vaudou en Afrique

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07 Juillet 2020
Cérémonie Voodoo dans un village du Bénin
Cérémonie Voodoo dans un village du Bénin

L’esprit qui incarne mystère et fascination


Dans cet article, nous partons à la rencontre du culte vaudou. Religion à part entière, autant crainte que méconnue et mystérieuse pour la plupart d’entre nous.

Ici, nous allons découvrir les fondements, la culture, le panthéon de ce culte riche et fascinant…


« Ecoute plus souvent

Les choses que les Êtres.

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

Ecoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots :

C’est le souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire

Et dans l’ombre qui s’épaissit

Les Morts ne sont pas sous la Terre :


ils sont dans l’Arbre qui frémit,

ils sont dans le Bois qui gémit,

ils sont dans l’Eau qui coule,

ils sont dans l’Eau qui dort,

ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :

Les Morts ne sont pas morts. »


Birago Diop, Conteur et Poète

(Leurres et Lueurs, Présence Africaine, 1960)


Les origines

Elle trouve son origine dans les forêts primitives sacrées de l’Afrique occidentale, comme celle de Ouidah au Bénin et celle de Osun-Oshogbo au Nigéria et remonte à la nuit des temps…

Représentation des Botchio dans le culte Voodoo
Représentation des Botchio dans le culte Voodoo

Elle entame une migration sur tout le continent américain surtout en Louisiane, en Haïti, à Cuba et au Brésil avec la traite négrière.

La religion Vaudou est née de la rencontre entre le culte traditionnel yorubas et des divinités fon et éwé. Elle étend son influence avec l’expansion du royaume fon d’Abomey au XVIIe et XVIIIe siècle. Elle est le fondement culturel des peuples issus des migrations des états du sud du golfe du Bénin.

Vaudou que l’on prononce vodoun est un dérivé d’un mot yoruba qui signifie dieu ou esprit. Il est l’ensemble des forces invisibles ou des divinités dont les hommes tentent de s’octroyer la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation du monde surnaturel et l’ensemble des pratiques qui permettent de rentrer en communication avec celui-ci.

Il est le culte issu d’une culture, d’un art, d’héritage,d’une tradition orale, de rites, de danses, de la musique, d’un art de la médecine, mais aussi d’un pouvoir et d’une justice.


Vaudou d’Afrique et vaudou du mondeentier

Le vaudou, comme on l’a vu, vient d’Afrique occidentale, mais le vaudou se pratique partout où des esclaves ont été déportés. Il s’est étendu à l’Amérique, aux Caraïbes, et en Haïti.

Interdit par les colons et les pratiquants d’autres religions de par les rituels mystérieux, il est considéré comme malveillant et barbare. En effet, la célébration de ce culte était passible de mort ou d’emprisonnement et donc était pratiqué en secret.

La culture vaudou s’est mélangée à la culture des sociétés esclavagistes en y intégrant des rituels et des conceptions d’autres religions afin de le rendre plus acceptable.


La culture vaudou arme politique ?

Le culte vaudou est-il une force politique et spirituelle contre les abominations de l’esclavage, ou est-elle une arme puissante de résistance à toute forme d’oppression qu’elle soit culturelle, spirituelle ou politique de par son mystère et la crainte qu’elle suscite ?

Lors de la traite des noirs, les négriers ont utilisé des rites vaudou afin de briser toute résistance à la déportation. Les esclaves devaient tourner autour d’un arbre, appelé arbre de l’oubli, afin d’oublier leur attachement à leur culture, leur patrie, leur religion et ainsi mieux les soumettre.

Représentation de la divinité Mami Wata
Représentation de la divinité Mami Wata

Ces esclaves (ceux qui survivaient au voyage) ont pu sauvegarder de manière parcellaire leur foi et leurs croyances grâce aux chants, la musique, les danses, ou en pratiquant leur culte en secret.

C’est en Haïti où l’exemple est le plus flagrant. Le vaudou a servi non seulement à garder vivant en eux les traditions et la culture d’origine africaine, mais il a permis aussi à ceux-ci de trouver la force de subir les atrocités commises durant l’esclavage grâce à la peur du vaudou (de l’ignorance né la peur).

Ce sont les tambours haïtiens qui ont donné la force aux esclaves de se révolter et ainsi créer la première nation noire d’Amérique. Malheureusement cela se retourna contre eux avec l’arrivée de Papa Doc, plus connu sous le nom de François Duvalier, qui une fois au pouvoir, se servit des aspects les plus noirs de la religion vaudou pour asservir et effrayer son peuple et ainsi assoir son pouvoir.


Art vaudou, la résilience d’une culture

L’art vaudou peut-il être une arme contre l’oubli ou est-il le témoin de la résilience d’une culture ?

La religion vaudou doit son “salut” à son incroyable capacité à intégrer des éléments de cultures des pays où elle s’implante, à la fois pour être plus acceptable aux yeux des non-initiés, mais peut être aussi pour apaiser les traumatismes que ses pratiquants ont subi dans leur histoire.

La culture vaudou a réussi, le tour de force, de passer de l’art primitif inspirant la crainte à un art contemporain qui inspire la plus grande fascination en conservant toute sa spiritualité et sa force.


Quelques éléments essentiels dans la religion vaudou

* Les vévés : sont des dessins éphémères qui n’ont pas à l’origine de vocation illustrative. Fait avec de la poudre (blanche ou rouge) à partir de farine de maïs, de blé, de cendre ou brique rouge.

Il est une sorte de code d’appel des esprits et des divinités. Il est exécuté en une fois, d’un trait entre les doigts, sur le sol, les jambes écartées pour les cérémonies spécifiques. Il sera effacé sans remords par les pieds des danseurs.

Au-delà de l’aspect graphique, il n’a de sens et de force que pour les initiés qui exécutent les rituels qui s’y rattachent. Les vévés sont spécifiques à chaque divinité et peuvent comporter des différences régionales.

* Les drapeaux : sont des éléments très importants dans le culte vaudou. Fait de toiles particulières, ils mettent en relief soit des personnages soit des symboles liés à la religion vaudou.

Rituel lors d'une cérémonie Voodoo au Bénin
Rituel lors d'une cérémonie Voodoo au Bénin

Les drapeaux sont confectionnés à partir de tissus, où sont cousus à l’aiguille des paillettes colorées et des perles sur un dessin préalablement tracé au crayon. Le drapeau est un élément de communication entre les adeptes, il a pour fonction de saluer ou accueillir l’esprit du vaudou.

* Les poupées et autres objets de culte : ont longtemps été considérés péjorativement comme des fétiches ou comme emblématique d’une religion démoniaque. Issus de la tradition et de la sculpture africaine, fait en bois, en fer, ou avec des objets du quotidien.

Ils trônent sur les autels et ils ont pour fonction soit d’incarner le divinité ou l’esprit invoqué, soit ils possèdent un rôle catalyseur de prières, de vœux ou de contenant à une âme ou un sentiment qui y est enfermé.

Dans la tradition vaudou un objet inanimé devient un média, un support, ou la matérialisation du monde invisible.

* Le chant, la danse et la musique :La danse, le chant et la musique sont aussi des aspects les plus fondamentaux dans la religion vaudou, ils font partie intégrante des rituels. Le chant transmet une émotion, mais il a aussi permis de sauvegarder certains rites de manière orale.

Ce sont les tambours qui occupent le premier plan, ils sont le lien délicat entre le monde humain et le monde invisible. La musique sacrée mais aussi la danse, permet à l’adepte de la divinité de basculer vers une transe et ainsi laisser l’esprit incarner son corps et ainsi s’exprimer librement. Si les rythmes et les danses ont des différences régionales, chaque esprit ne peut être amadoué qu’avec les rythmes qui lui sont spécifiques. C’est pour cela que l’apprentissage est complexe et commence dès le plus jeune âge.

Adepte d'une divinité Voodoo en trance
Adepte d'une divinité Voodoo en trance

C’est à travers l’ensemble de ces éléments que la religion vaudou a pu perdurer et survivre jusqu’à aujourd’hui. A la fois empreints de mystère, de crainte, ils sont la mémoire et les pierres angulaires de cette religion.

Hier considérée comme un art malveillant, aujourd’hui à la valeur et la force spirituelle s’ajoute la fascination et l’émerveillement face à la beauté esthétique qu’il soit primitif ou contemporain. Qu’il soit d’hier ou d’aujourd’hui il porte en lui le secret d’une spiritualité puissante et bienveillante.


Le panthéon des divinités vaudou

Le vaudou est un culte voué à l’esprit du monde de l’invisible. A chaque cérémonie, le prêtre ou la prêtresse demande de l’aide à l’esprit de la divinité Legba pour ouvrir les portes des deux mondes.

Le vaudou est d’abord le culte des forces de la nature telles que la mer, la foudre, la maladie etc.

En voici une liste non exhaustive car il existe des variantes selon les pays où il est pratiqué.


* Dan : le python, animal sacrée entre tous, il a assisté à la création et soutient de l’univers. Son culte est répandu dans la région Ouidah ou l’on trouve beaucoup de maisons aux serpents.

* Mamiwata : (Mamui Ata qui veut dire “je serre les jambes”, pour garder ce que la déesse à ensemencé) : est la déesse mère des eaux et est à la fois nourricière et destructrice. Elle symbolise la puissance suprême. Elle est souvent représentée sous forme de sirène ou de femme brandissant des serpents.

Adepte de la divinité Hoho lors d'une cérémonie du culte Voodoo
Adepte de la divinité Hoho lors d'une cérémonie du culte Voodoo

* Mawu : (prononcé man-whou qui veut dire “inaccessible”) est le Dieu suprême qui règne sur les divinités. Il n’est représenté nulle part, ni d’aucune manière, ni associé à des objets comme les autres dieux car il n’a pas de forme. Il n’intervient pas dans la vie des hommes, et a justement créé les dieux vaudous pour être en relation avec les hommes et le monde.Il est plus un concept qu’une divinité.On le dit bienveillant avec toutes les créatures.

* Les botchio :esprits ou divinités inférieures, il en existe une multitude. Elles ont pour fonction de rentrer en communication ou collaborer avec les humains. Ces esprits se matérialisent sous forme d’objet inanimé de la nature.

* Gu : divinité de la guerre et des forgerons

* Sakpata : Divinité de la terre, de la guérison et de la maladie

* Gambala, le dieu serpent vaudou du Bénin : esprit de la connaissance (la divinité serpent). Le serpent et plus précisément le python est vénéré car il est le lien avec les ancêtres. Il incarne le pouvoir incommensurable du bien. Il est représenté par 2 serpents enlacés verticalement comme le croisement harmonieux du mâle et de la femelle. Il est celui qui uni le ciel est la terre sous le commandement de Mawu. Gambala est la divinitéde la santé et de la prospérité. Il incarne toute la sagesse spirituelle vaudou en apportant la pluie et en fertilisant le sol.

* Lègba : Il est l’intermédiaire, le messager entre les deux mondes. Le monde du visible et le monde de l’invisible.


La religion vaudou doit sa sauvegarde à celles et ceux qui ont cru en son pouvoir et qui malgré toutes les tentatives d’éradication ont réussi à la pratiquer en secret, puis en l’adaptant aux cultures propres aux pays où elle s’est implantée.

Elle a permis à ses adeptes de trouver la force de survivre à toutes les sévices de l’esclavage, de prendre en mains leur destin, et de garder un lien avec la culture africaine et opérer sa résilience avec un art contemporain tout autant spirituel.


Ange Yvon Hounkonnou est Aumônier Ouest Africain de l’écospiritualité, Président de la Ecospirituality Foundation Benin et Correspondant de l’Afrique pour Shan Newspaper


 

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